Au nombre de trois, des pierres tombales d’origine probablement carolingienne ont été utilisées en remploi pour la reconstruction du clocher Saint Nizier de l’ancienne chapelle paroissiale
où on les trouve sur la paroi est.
Ont-elles été sorties des cimetières prieuraux des religieux et des laïcs au moment où il a fallu les utiliser ? Nul ne le sait, mais on peut se demander d’où elles provenaient puisque le
prieuré n’était en principe pas accessible à la population.
Un signe compagnnonique est gravé sur la première dalle funéraire, celle qui est à la base du clocher.
Il s’agit du têtu du tailleur de pierres, moins effilé que la polka, autre outil du compagnon .
Les deux autres dalles funéraires, toujours du côté est du clocher, portent une croix, l’une en bas-relief et l’autre en creux.
Ces trois pierres de remploi ont la particularité de posséder, chacune à un emplacement différent, un petit carré creusé sur quelques centimètres d’épaisseur.
De quoi peut-il bien s’agir ?
On a émis l’hypothèse qu’on pourrait avoir à faire à des sortes de bénitiers. Mais alors pourquoi en mettre un sur la tombe de quelqu’un qui ne se réfère pas à la croix du Christ, je veux
parler du compagnon tailleur de pierres ?
On pourrait aussi faire une autre relation, exclue d’avance pour la même raison : il s’agirait d’une niche-reliquaire à l’instar de cette croix reliquaire en pierre , trouvée à la chartreuse
de Sainte Croix en Jarez, dans le sud du département de la Loire.
Alors reste-t-il d’autres hypothèses ?
J’en vois une, et de taille (sans jeu de mot) ! Il pourrait s’agir de trous de louve .
Qui a entendu parler de la louve (oui, mais pas celle à laquelle vous pensez !) et des « forcipes » (ou tenailles de Vitruve, architecte romain qui vécut au 1er siècle av. J.-C) ?…
On connaît mieux le forceps ; dans les deux cas il s’agit comme de tenailles. Ce sont des systèmes de levage utilisés depuis les grecs et les romains pour manutentionner de grosses pierres
en carrière ou en construction.
Il y a plusieurs sortes de louves.
Une louve consiste en un système d’accrochage de la pierre entre un trou carré, taillé dans celle-ci en forme de cône renversé, mortaise creusée avec le ciseau à louver, et des coins
métalliques engagé dans ce trou, l’ensemble étant actionné par une sorte de trépans.
Le seul problème est que les trous de nos pierres tombales n’ont pas cette forme de mortaise. Donc ce ne peut pas être ce procédé dont il s’agit.
En revanche l’autre louve qui s’appelle forcipes, ou forfices (Vitruve) ou lupus selon les auteurs, correspondrait mieux à une autre technique de levage que l’on trouve illustrée ci-dessous
en 4 et qui part du principe que plus la pièce à lever est lourde et plus la pince qui la lève serre fort.
Les différents systèmes de levage de charges lourdes
Deux petits trous carrés ou triangulaires sont creusés sur des faces opposées de la pierre.
On y encastre des pinces en fer (genre tenailles) très recourbées (les dentes) ; leurs extrémités supérieures sont forgées en forme d'anneaux ou de crochets auxquels on attache deux cordes
reliées à la moufle mobile du trépans. Ce système est efficace car plus le bloc est lourd, plus l'effort de traction est grand et plus les dents de la pince serrent fermement le bloc. L'usage de
ce mode de préhension est confirmé par les traces d'encoches visibles effectivement sur les pierres et représentant un inconvénient esthétique.
Dans notre cas on ne verrait pas le trou opposé puisqu’il se trouve à l’intérieur de la construction. On peut avoir un autre outil de ce type et plus moderne mais relevant du même principe :
On trouve encore d’autres systèmes qui ne nécessitent pas de trou sur une deuxième face ; on peut avoir eu aussi à faire à ce procédé dans le cas qui nous intéresse. Mais l’opération de
levage est plus risquée :
Ainsi voit-on que cette piste du système de louvage n’a pas été explorée et nous rapproche d’une réalité quasi certaine.
© 2009 Bernard Michel